Tourbillon oratoire

Au Château Frontenac, dans une salle de bal remplie et partisane, nos représentantes, Fayrouz Mehdane et Ève Caisse, se sont livrées avec grâce et énergie dans ce qu’on pourrait appeler un tourbillon oratoire tellement les choses se sont bousculées tout au long de la présentation de l’édition 2017 du Concours oratoire Desjardins. 

D’abord, écrivons-le tout de suite, de nombreux problèmes techniques sont venus, à plusieurs reprises, créer une certaine turbulence. Quand ce n’était pas un manque de volume, c’était un grésillement ou, encore plus carrément, l’anémie des micros qui, l’un après l’autre, rendaient l’âme. De mémoire, ce fut très certainement l’une des moins bonnes performances techniques en dix ans d’opération. À oublier.

Malgré cela, des moments de grâce sont venus embellir l’événement et le rendre, malgré l’orage audio, particulièrement éblouissant. 

D’abord Fayrouz...

Quatrième ou cinquième à se rendre sur la tribune, Fayrouz Mehdane a relevé le niveau de la compétition de façon immédiate. Maîtrisant parfaitement sa rhétorique et allégeant par des pauses la fluidité de son discours, Fayrouz s’est promené avec grâce sur la scène et ses sourires, jumelés à ses gestes, ont séduit les membres du jury tout comme l’assistance devenue plus attentive en raison de la qualité de la présence de cette élève de 5e année. Toute L’École des Ursulines peut se sentir fière et peut s’inspirer aussi de cette jeune fille, étudiante dans la classe de madame Geneviève, qui prouve qu’on peut parler devant une foule tout en maintenant une dignité dans la façon et les manières.  Éblouissante de franchise et de conviction, Fayrouz Mehdane vient rejoindre les grandes oratrices de notre institution qui ont donné le meilleur d’elles-mêmes et dont les magnifiques prestations font encore jaser aujourd’hui. 

Puis vint Ève...

La mythologie grecque suggère un proverbe pour bien comprendre une situation où tout peut chavirer. Le légendaire Ulysse, en cherchant à revenir vers Ithaque, s’était trouvé coincé avec son équipage entre un tourbillon et un récif. Aujourd’hui, lorsqu’on entend quelqu’un dire, et c’est devenu plutôt rare dans les conversations, que l’on tombe de Charybde en Scylla, l’on fait alors allusion à cette histoire d’Ulysse qui avait réussi, par son courage et son audace, à sortir indemne de cette périlleuse situation.

Courage et audace sont des mots que l’on a beaucoup entendu dans la bouche des membres du jury lorsqu’est venu le temps de commenter la performance d’Ève Caisse. 

En effet, Ève aura eu à combattre beaucoup d’adversité tout au long de sa prestation alors que les problèmes techniques, présents et menaçants, semblaient atteindre leur apogée. Ne reculant devant rien, elle a persisté et continué son discours suscitant l’admiration et les encouragements de toute l’assistance. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que madame Julie Drolet, de Radio-Canada, s’est empressée de réclamer d’autres applaudissements pour saluer la prestation de cette élève de 6e année. 

Pour qui connaît Ève Caisse, il n’est pas surprenant de voir qu’elle a de la volonté et qu’elle est capable de beaucoup. D’ailleurs, c’est en ces termes que la plupart des commentaires des membres du jury se sont dits. 

Si l’on prend le temps de regarder l’ensemble de l’événement, la performance de cette jeune fille, élève dans la classe de madame Hélène, restera gravée comme ayant été la plus courageuse et la plus déterminée depuis les tous débuts du concours. 

À chaque fois qu’un incident technique se produisait, elle relevait toujours l’échine et continuait sa route avec un réel acharnement. Avec ou sans micro, elle aura complété sa prestation avec un brio que personne ne pourra jamais oublier.

Même pendant les commentaires, elle aura toujours répondu avec une pointe d’humour aux constats qui lui étaient faits sur les difficultés rencontrées.

On retiendra très certainement son allusion au pont de Québec qui devient, à notre avis, le symbole même de son discours qui a traversé un fleuve houleux et mouvant de difficultés. Tout comme Ulysse dans le détroit de Messine, Ève s’est moqué des eaux turbulentes de la difficulté.

Bravo à nos deux représentantes pour cette inoubliable et spectaculaire performance !