La vie rêvée

La classe 6A de L’École des Ursulines de Québec, dont la vocation pédagogique s’oriente autour du programme de français enrichi et arts de la scène, a présenté sa plus récente création collective intitulée La vie rêvée les 10, 11 et 12 avril derniers. 

Au café-théâtre Yves-Jacques du Collège François-de-Laval, tant en matinée pour les élèves qu’en soirée pour les parents, les filles de la troupe Les 6 Actrices sont venues brûler les planches de la vénérable institution avec une comédie déjantée qui a eu l’heur de plaire à tous et à toutes. De mémoire, c’est sans aucun doute l’une des meilleures créations de ces huit dernières années. Chapeau !

Ce projet théâtral, entrepris l’automne passé sous la tutelle de madame Stéphanie Dubois, a vu son accomplissement se réaliser sous la houlette de madame Stéphanie Proulx, toutes deux titulaires, l’une après l’autre, de la classe concernée par ce projet.

Cette fois-ci, en raison d’un thème obligé, la proposition du programme PP tournait autour de l’entreprenariat et les élèves en seront venues à imaginer les aventures de la directrice Denisi Di Filliatro, propriétaire d’un tout petit théâtre urbain.

Autour de cette femme au caractère instable (Marie-Louise Duguay) se retrouve une faune de personnages tous plus loufoques les uns que les autres. Hormis la secrétaire (Alexanne Guay) qui aura détonné par son calme et sa sobriété, les autres protagonistes se sont allègrement laissées aller à toutes sortes de pitreries. 

Revenons immédiatement sur l’extrême polyvalence de Marie-Louise Duguay qui a tenu le premier rôle et qui a chanté avec beaucoup d’émotion. Cette jeune écolière, férue d’art inuit, est venue ajouter beaucoup de professionnalisme au programme de français enrichi et arts de la scène. Sa performance unique restera à jamais sertie dans les esprits comme l’une des meilleures dans la petite histoire de cette fameuse classe 6A qui continue, à chaque année, de gagner en popularité.    
Pensons maintenant aux autres filles, celles qui, dans la pièce, se sont présentées aux auditions commandées par madame Di Filliatro (Juliève Fortin, Élizabeth Roberge et Cassandre Joyal). Leurs flamboyantes et singulières présences resteront assurément gravées dans les mémoires de toutes celles et de tous ceux qui les ont vues. Paraîtrait-il que l’improvisation de l’une d’entre-elles se retrouve même numérisée et qu’elle est regardée à répétition depuis le 12 avril dernier.

Outre ces élèves plus qu’originales, d’autres se sont mises de l’avant grâce à leurs exécutions dignes des plus belles heures de la Comédie Française. Béatrice Babineau, Alicia Boivin, Raphaëlle Dolbec, Fatoumata Dicko et Maité Roy ont su utiliser à bon escient l’immense registre de leur talent et ont montré jusqu’à quel point il était possible de jouer de la comédie tout en mêlant les genres. En effet, il y aura eu tout à la fois du Molière et du Tremblay dans cette proposition dramatique.
Parmi les prestations les plus remarquées, celle de Maya Doyon pourrait faire école. En effet, le très long texte qu’elle a livré, sans failles aucune, nous a montré que cette jeune fille était capable d’en faire beaucoup. Sa progression dramatique et son aplomb ne sauront être oubliés. Du caractère à revendre.

Quant à Emy Poulin et Laurence Gosselin, respectivement assistant et metteur en scène, leur brio et leur complicité ont pesé lourd dans le déroulement de la pièce. Le rythme qu’elles sont parvenues à imposer de même que cette maîtrise apparente dans leur jeu ont montré qu’elles étaient capables de créer et de composer des personnages inoubliables.

N’oublions pas que le théâtre, selon la définition qu’en donne Roland Barthes, l’éminent sémiologue, est d’abord et avant tout une machine à messages. Une structure à plusieurs composantes qui combine tous les possibles afin d’acheminer en plusieurs moments toutes sortes de significations. À cet égard, on comprend qu’il y a des rouages et des raccords qui s’établissent pour que vivent et s’épanouissent toutes les créations dramatiques. Et cela vaut pour toutes les réalisations artistiques quel que soit l’âge de ses auteurs. C’est toujours le même processus...
Ainsi, aura-t-il fallu ajouter de la musique avec Emma Turner, Sophie Ramsay, Sandrine Thériault, Juliève Fortin et Clara Bédard pour que s’établisse toujours plus cette magie de la transposition et pour que s’harmonisent entre eux séquences et changements.

De même aussi aura-t-il fallu un travail soutenu en régie avec Emily Lachance et Émilie Hébert pour que toute cette opération se révèle sous les prismes combinés de la couleur et des sons. 
À d’autres niveaux, tout aussi importants, des filles comme Charlotte Gaudette à l’animation, Jade Morais à la publicité et Clarisse Auger à la création des billets et des affiches ont, elles-aussi, apporté leur touche à cette mécanique.

Ce qui restera de toute cette création nous apparaît fondamental et se résume finalement en très peu de mots : La vie rêvée, cette unique collaboration qui a donné naissance à une œuvre, aura finalement été le travail de toute une classe, celle de la sixième année A, un labeur de joie réalisé dans l’effervescence et le plaisir du moment. En 2017...

On s’en souviendra.