Une visite comme un pèlerinage

On les voit avancer lentement vers des lieux de dévotion où ils se réunissent en tout respect. Que ce soit à Saint-Jacques-de- Compostelle ou bien encore à Saint-Benoît-du-Lac, leur long voyage se réalise d’abord tout au fond d’eux-mêmes. Engagés dans cet essentiel mouvement de l’âme, les pèlerins venus de partout se regroupent et renouent contact aux sources mêmes de leur motivation et de leur croyance.  De nombreux voyages vers des lieux consacrés se font chaque année et des centaines de milliers d’individus affirment, en les réalisant, que c’est d’abord et avant tout leur cœur qui dirige un pareil déplacement.

Descendant les étages et parcourant les longs corridors de l’École des Ursulines de Québec, les pèlerins de la rue du Parloir ont entre cinq et douze ans. Ils arrivent, la plupart du temps, en rangs ordonnés et sont accompagnés de leurs enseignants.

Aujourd’hui, jeudi le 27 avril, tous les élèves se rendent à la chapelle funéraire de Marie de l’Incarnation afin de souligner l’anniversaire de son décès. 

Le tombeau en granit noir a de quoi impressionné, et les plus jeunes s’assoient tous autour dans un silence presqu’hermétique tellement le moment est devenu subitement solennel. 
Pour tous ces élèves, se retrouver si près de La Fondatrice des Ursulines de Québec est un moment unique. Il y a un peu d’éternité dans l’air et les enfants ressentent bien l’importance de cet hommage : à côté d’eux, une femme repose et reposera au cœur même d’un endroit qui fût toute sa vie. L’École des Ursulines de Québec, cette école qu’ils fréquentent aujourd’hui et qui fut érigée en 1639, n’est pas qu’un simple bâtiment scolaire; cette institution demeure la toute première maison d’enseignement pour jeunes filles en Amérique du Nord et la seule, probablement, où réside encore sa première et plus grande directrice. 

Toute une histoire que celle de cette femme dont on célèbre l’anniversaire et qui est arrivée un jour en terre d’Amérique. Recréons l’atmosphère...

Quand on regarde une gravure d’époque représentant ce que pouvait être la Nouvelle-France des Ursulines en 1637, on est toujours étonné par l’espace autour du premier Monastère, vaste bâtiment en pierre de trois étages et quatre cheminées. Accolé à la forêt et dominant de vastes étendues relativement déboisées, le couvent impose et protège le panorama; plus bas, quelques tipis entourés de fumée semblent d’ailleurs en dépendre; surgissant à droite et à gauche, des sentiers encombrés mènent on ne sait pas vraiment trop où; plus près, au premier plan, à côté d’un grand arbre, hommes et femmes semblent attendre tout en devisant au beau milieu d’une journée qui semble être automnale. La lumière est belle et la nature particulièrement envahissante.

Mais qu’en était-il de cette belle nature et de ce beau paysage une fois le soir venu ? Qu’arrivait-il lorsque tombait la nuit ? On ose à peine imaginer, tellement l’électricité est omniprésente de nos jours, à quoi pouvait bien ressembler les soirées en 1637...

Sœur Marguerite Chenard, bien au fait des conditions d’existence des Ursulines au début du XVIIe siècle et à qui l’on posait la question, répondit simplement qu’il faisait très noir, de l’encre opaque...

Si une telle réponse nous paraît à prime abord tout à fait évidente, elle nous amène pourtant à comprendre et à mesurer jusqu’à quel point le travail et l’action de Marie de l’Incarnation furent éclairants à bien des égards. Plus qu’une lanterne accrochée à la porte du Monastère, la lumière de la Tourangelle aura allumé et dirigé les cœurs et les esprits.

Son anniversaire, finalement, est celui d’une grande luminescence, celle qu’Elle tamisa sur toute cette noirceur d’une terre d’Amérique alors en pleine colonisation.

En cette journée du 27 avril, alors qu’ils visitent la chapelle funéraire ainsi que d’autres endroits du Monastère, plusieurs élèves, enhardis par le courage symbolique de leur Fondatrice, se sont même permis quelques prières toutes personnelles qui ont résonné entre les murs de cette institution ursuline qui continue toujours à enflammer l’histoire de l’enseignement au Québec.  

Madame Anne-Marie, qui s’est chargée de l’animation cette journée-là, aura elle-aussi contribué à la luminosité de cette importante activité.

Quelques photographies fort respectueuses accompagnent cette chronique; elles témoignent, à leur façon, de ce qui s’est passé à la fin du mois d’avril dans une école qu’on pourrait dire légendaire.